La petite histoire derrière le livre «Peu importe ce qui arrivera…»

28 juin 2017. 06h02 du matin. La sonnerie de mon cellulaire se fait entendre. Je me lève pour aller voir qui tente de me joindre à une heure aussi matinale. C’est mon cousin Sébastien.

Ben voyons… Ce n’est pas dans ses habitudes de m’écrire aussi tôt… Qu’est-ce qui se passe? J’ai pourtant pris de ses nouvelles auprès de ma mère récemment, et elle m’a dit qu’il essayait un nouveau traitement pour combattre son cancer, et que ça avait l’air de fonctionner. Je m’inquiète là… Je m’empresse de lire son message :

« Bonjour ma cousine! Je voulais juste savoir si ton roman est sorti, car j’aimerais beaucoup le lire… »

« Quand je serai au camping »

Mausus qu’il m’a fait peur le p’tit tannant! OUF! Je m’attendais au pire, vraiment! Je suis certaine que mon cœur s’est arrêté de battre durant 10 secondes au moins! Je lui réponds :

« Salut! Pas encore… Ça peut prendre jusqu’à 6 mois avant d’avoir une réponse 😦 Dès que j’ai des nouvelles, je t’en parle. Bonne journée mon beau Sébas, je t’aime fort xxxx »

Et lui, de me répondre :

« OK, pas de problème ma belle Mélanie. Aussitôt que je peux l’avoir, je vais le déguster avec passion… »

« Je t’aime aussi xx »

Voilà. Je viens de vous offrir, avec toute l’affection du monde, le dernier échange que j’aurai eu de toute mon existence avec mon cousin Sébastien, décédé 3 semaines jour pour jour après cette ultime discussion.

Sébas a toujours été mon cousin préféré. Parce qu’il était beau. Parce qu’il était gentil. Parce qu’il souriait toujours. Parce qu’il parlait sur le bout de la langue quand il était petit et que c’était craquant de l’entendre dire le mot saucisse. Ma sœur Caroline et moi, on lui faisait dire sans arrêt ce mot. Saucisse-Saucisse-Saucisse-Saucisse! Et on se bidonnait, tous les trois, étendus sur le lit de ma grand-mère le samedi après-midi. J’entends encore clairement nos rires d’enfants. Si candides… Si vrais… Éternels à mes oreilles.

Sébas, je l’aimais aussi pour une raison assez loufoque : lui et moi étions les seuls à le savoir, mais il était le seul de mes cousins à qui je pouvais donner des becs en pincette sans qu’il ne hurle à ma mère : « Matante Chantaaaaaal! Mélanie me donne des becs en pincette pis ça fait mal! Pis a veut pas arrêter! ».

Non, à la place, il fermait ses petits yeux fort fort, endurait ma pseudo-torture et riait jusqu’à ce que je le lâche, quelques secondes plus tard. Même après ma mesquinerie, il continuait à me sourire, les yeux remplis d’étoiles, en m’offrant un dernier rire. Si candide… Si vrai… Éternel à mes oreilles.

Après son décès, plus rien n’a été pareil. Même si la vie nous avait éloignés ces dernières années, qu’on ne se voyait plus autant que durant notre enfance, tous nos souvenirs me revenaient à l’esprit. Les mots qu’on se disait… Les regards qu’on s’échangeait… Les tours malicieux qu’on préparait ensemble… La température qu’il faisait quand on jouait dehors… Les odeurs qui régnaient quand on se rencontrait… Un véritable tsunami émotionnel, rien de moins.

Quelques mois se sont écoulés ensuite. Le temps arrange tout paraît-il… Mais ce n’est pas vrai. Pas vrai du tout. Le temps n’enlève pas la douleur : il l’atténue tout simplement. Sébastien ne reviendrait plus, et il fallait apprendre à vivre avec son absence. Et Noël est arrivé, comme si la vie ne s’était jamais arrêtée un certain jour de juillet.

Le 25 décembre 2017 est une journée que je n’oublierai jamais. Pas à cause de la fête qu’elle représente, mais plutôt parce que c’est exactement à ce moment que j’ai compris. Compris ce que tu avais essayé de me dire le 28 juin 2017, à 06h02 du matin. Fouille-moi pourquoi, mais en voyant mon petit lutin de Noël sur la table de la cuisine, tout près de la chandelle que j’avais laissé allumée pour toi, j’ai réalisé que je devais écrire un roman sur le deuil.

Sur toute la tristesse, la peine, l’incompréhension et la rancœur que ça engendre dans l’entourage du disparu…

Sur toute la frustration, la colère, le doute et la peur que vit la personne condamnée avant, et peut-être même après son départ, qui sait…

Et par-dessus tout, sur l’amour qui perdure, encore et encore, au-delà de la mort.

Je n’ai jamais eu la prétention de posséder une quelconque vérité que ce soit sur la maladie, le deuil ou la vie après la mort. Tout ce que je suis en mesure d’affirmer, c’est que durant les 6 semaines qui ont suivi cette date, je me suis assise dans mon fauteuil, portable en mains, et j’ai écrit ce que j’avais dans la tête.

Durant 7 à 9h d’affilées.

De jour comme de nuit.

Et ça m’a fait du bien, un point, c’est tout.

Ça m’a permis de rendre hommage, à ma façon, à un homme plus grand que nature. Un hommage immortel…

Dans ce livre, je me suis inspirée de faits vécus par mon cousin, mais aussi de la vie de plusieurs personnes autour de moi qui avaient été touchées, de près ou de loin, par une maladie incurable. J’ai inventé une histoire qui, au final, s’est avérée être très semblable à celles de plusieurs d’entre vous. Je me suis même laissée divaguer vers une avenue ésotérique, afin de permettre à mes lecteurs de remettre en question leurs croyances inébranlables.

Sébastien, Ann, Marylin, Darcy, Ghislain, Linda, Hélène, Julie… Peu importe quel est ton nom, ce livre est pour toi. Pour te réconforter. Pour te prouver que tu n’es pas seul dans ta situation. Et que même si la peine que tu ressens présentement semble insurmontable, elle finira bien par s’atténuer au fil du temps et ce…

Peu importe ce qui arrivera…

 

 

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3 commentaires sur “La petite histoire derrière le livre «Peu importe ce qui arrivera…»

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